17 novembre 2018

Je ne serai pas une mère extraordinaire

Du plus loin que me souvienne j’ai jamais eu de talent pour amuser les enfants.  Mes expériences de gardiennage étaient catastrophiques, et celle comme animatrice de camp de jour encore plus lamentable, on m’avait chaudement recommandé de ne pas revenir l’été d’ensuite.

Pourtant je les aimais bien les enfants. Je me suis inscrite en éducation, j’ai débute ma carrière à Ste-Justine. Je n’avais juste pas ce petite morceau qui permet d’éclater de rire devant un enfant qui fait une mauvaise blague, d’être détendue au milieu de garçons qui se font une guerre de nerfs dans la cuisine en hurlant leur bonheur ou encore moins d’y participer moi-même.  Mon enfance avait été dénué de ce petit côté léger et spontané. Chez nous on était obéissant, calme, studieux et mes parents s’en faisaient une fierté.

A l’épicerie, je regardais ces mamans aux prises avec des enfants différents se démener corps et âme pour des petits bouts hyperactifs et bruyants, qui criaient de tous leurs poumons leur inconfort de vivre dans notre monde hyper structuré et codifié.

Je disais haut et fort que moi je ne pourrais pas avoir d’enfants neuro-atypiques ou handicapés. Je n’avais ni la patience, ni la grandeur d’âme et aucune des qualités nécessaire pour devenir une mère extraordinaire. C’était clair, et comme le chantait Lynda Lemay dans la Marmaille « qu’il y a des filles faites pour ça, et qu’elles méritaient des médailles et je n’étais pas de ces filles là »  À chacune des mes grossesses cette hantise me revenait, chacune des échos de clarté nucale était un soulagement.

Je me souviens comme hier du jour ou on m’a annoncé que la troisième de mes enfants était différente. Je vous jure, même si ça faisait 2 ans que je me débattais comme un diable dans l’eau bénite pour qu’elle reçoive des services, même si je voyais mieux que tous les lacunes dans son langage, les retards dans les apprentissages, jamais encore je n’avais voulu regarder la réalité en face. En entrant dans l’auto j’ai pleuré, à chaudes larmes et  j’ai même retenu un cri de rage, ça ne se pouvait juste pas. Ça ne pouvait pas m’arriver à moi, ça ne pouvait  pas arriver à elle. Je regardais sa petite bouille dans mon rétroviseur. Je l’aimais tant ma petite fille qui ne disait pas encore maman. Puis tout c’est imposé comme par la force des choses.  J’allais me battre. J’allais être là. J’allais m’adapter, me renseigner, évoluer, comprendre… J’allais tout faire pour être une mère extraordinaire.

J’ai compris cette journée là, que toutes ces mères d’enfants particuliers que j’avais croisées sur mon chemin n’avaient pour aucune d’elles (ou si peu d’entre elles) fait le choix d’être ce qu’elles sont. Qu’elles ne sont ni sainte, ni exceptionnelle, qu’elles n’ont reçu aucun don spécial. Elles donnent seulement chaque jour le meilleur d’elle-même, elle puise dans les fondements de leur amour pour leur enfant toute l’énergie et la résilience nécessaire pour poursuivre le chemin, pour abattre les murs, surmonter les obstacles et donner à leur enfant la valise la mieux remplie pour faire fasse au monde.

A toi qui vient d’apprendre le diagnostique de ton enfant, t’inquiète pas l’orage va passer, la force s’en vient et tu vas te relever. Tu ne soupçonnes même pas tout ce que tu as déjà en toi pour avancer parmi nous. On est une grande famille et je suis fière de faire partie de ces filles là.

Un peu plus sur l’auteure

Marylène Langdeau

Chef de tribu de 3 enfants entre 5 et 14 ans et grande angoissée devant l’éternel, j’écris car je n’ai pas le temps de rajouter une heure de psychothérapie dans mon quotidien déjà bien rempli. Amoureuse d’un homme zen et résiliant depuis 10 ans , notre duo d’enfer même de front carrière et suivi au centre de réadaptation pour notre petite dernière. Passionnée de tout et de rien et en constante recherche d’équilibre j’essaie de voir la vie d’un œil positif.

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