9 avril 2019

Retomber en enfance

C’était l’hiver 1983.

J’avais 4 ans et pour la première fois, je me tenais sur des skis. De beaux skis bleus que tu avais achetés spécialement pour moi. Ouf que j’ai mangé de la neige ce dimanche-là. Tu m’as aidée à  me relever au moins cent fois. Les étés, tu me traînais sur la track du chemin de fer pour voir les feux d’artifices Benson and Hedges. Tu mettais la musique des feux sur ta radio transistors et mes yeux s’émerveillaient. Les années ont passé, j’ai grandi, je suis devenue une ado avec des doc martens, un bumer pis des cheveux rose. Je me trouvais tough, j’avais une gang, mais le vendredi soir, c’est chez vous que j’allais manger le meilleur Jell-o du monde avec de la Reddi Whip. Du Jell-o rouge avec de la salade de fruits prise dedans. Je te racontais mes secrets, t’as été la première à savoir pour la poussière d’ange dans mon ventre, t’es venue acheté mon premier chat avec moi à l’animalerie  puis c’est aussi avec toi que j’ai loué en cachette mon premier appart pour pas faire de peine à m’man. C’est dans ta cuisine que j’ai pleuré, pendant près de 10 ans, le bordel de ma vie de famille qui tournait pas rond. Merci ma tante d’avoir toujours été la pour moi.

Puis la vie à fait son chemin, je me suis mise en couple, j’ai eu des enfants, on s’est vues moins souvent. Tu as perdu ton mari, à un âge où on a même pas encore le droit de prendre sa retraite, tu es devenue aigrie, solitaire. Quand on se voyait c’était différent, ça ne coulait plus aussi facilement qu’avant.  Honnêtement je t’ai négligée, prise dans les dédales d’une vie qui refuse de s’arrêter pour donner de l’amour quand c’est encore le temps.

Cette semaine j’ai accompagné m’man à l’hôpital, avec mon aide on t’a fait hospitaliser. C’est que ça tourne pas rond depuis quelques temps. Tu répètes en boucle des phrases qui font du sens que pour toi. Tu ne sais plus t’habiller seule, tu me demandes les leggings, ça sert à quoi. Tu stress pour des peccadilles, tu es convaincue qu’un complot existe pour t’empoisonner. Je voudrais te rassurer comme tu le faisais si bien avec moi quand j’étais petite, mais j’en suis incapable. Tu tournes chacune de mes phrases en un argument de plus pour donner raison à tes lubies. J’ai le cœur en miette, dans cette chambre d’hôpital au mur verdâtre. Je souris de peine et de misère  en t’aidant à mettre le pyjama fleuri que je t’ai amené . Ton petit corps flotte dans les pantalons x-small. Les visites sont terminées, tu es debout près de la porte d’entrée, tu pleures, tu nous demandes de promettre qu’on va revenir, et je le promets. Il ne reste plus rien de la femme joyeuse, sportive et déterminée que j’ai connue. Je ne vois qu’une enfant m’implorant de ne pas l’abandonner.

Pourquoi la vie chavire ainsi parfois, à quel moment devient-on le parent de nos parents? Êtes vous prêt à faire face à ce moment-là quand il arrivera?

Un peu plus sur l’auteure

Marylène Langdeau

Chef de tribu de 3 enfants entre 5 et 14 ans et grande angoissée devant l’éternel, j’écris car je n’ai pas le temps de rajouter une heure de psychothérapie dans mon quotidien déjà bien rempli. Amoureuse d’un homme zen et résiliant depuis 10 ans , notre duo d’enfer mène de front carrières et suivis au centre de réadaptation pour notre petite dernière. Passionnée de tout et de rien et en constante recherche d’équilibre j’essaie de voir la vie d’un œil positif.

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