30 janvier 2018

Pourquoi, madame?

Dernièrement, un article est paru dans les médias concernant les suppléant(e)s travaillant en milieu scolaire. Marie-Christine Noël, reporter, a mis son chapeau de suppléante pendant 30 jours avant de partager son expérience publiquement. Pourtant, le phénomène n’est pas nouveau. Lorsque j’ai fait mon baccalauréat, il y a maintenant plus de 10 ans, les professeurs et chargés de cours nous le disaient déjà: Vous savez, 1 enseignant sur 5 quittera son emploi avant d’avoir complété 5 ans d’enseignement. Si vous êtes à bout après quelques années, sachez que vous n’êtes pas seuls“. Encourageant, n’est-ce pas?

 

Est-ce la réalité?

Malheureusement, oui. J’ai débuté mon baccalauréat avec environ 50 collègues-étudiants. Au terme des 4 ans d’université, nous n’étions plus que 16 à graduer. À terminer nos études et à se lancer dans le monde de l’enseignement, rêvant de changer le monde. Ou du moins, d’y survivre. De plus en plus, les enseignants ont peine à trouver des suppléant(e)s pour ces quelques jours par année où ils s’absenteront pour cause de maladie, de formation… d’épuisement. Des gens non-légalement qualifiés doivent parfois enseigner des matières de base pour lesquelles ils n’ont aucune formation officielle (et parfois même pas de brevet d’enseignement), par manque de personnel.

Oui mais…

Oui mais vous avez toutes vos fins de semaine. Chiâlez pas! C’est vrai; je n’ai pas l’obligation de travailler le samedi ou le dimanche. Mais je le fais bien souvent quand même. Je corrige, planifie, finalise un projet qui vient de me popper dans le tête en ce beau samedi matin, en me disant que mes élèves vont aimer ça, c’te projet-là!

Oui mais, vous avez vos étés off.. payés! Il faut bien être très peu connaissant du monde de l’éducation pour oser dire ceci à un enseignant. D’abord, nous sommes en congé, oui. Mais cela est nécessaire. Imaginez sans ce congé, je pense qu’il y aurait bien plus qu’un enseignant sur cinq à quitter la profession! Oui, nous nous reposons. Physiquement et mentalement. Vous qui avez 1, 2, 3 enfants à la maison. Avouez que ça fait du bien, une fois de temps en temps, de les faire garder… pour refaire le plein Eh bien quand on a non pas 3 mais 25, 30 ou encore 37 élèves devant nous, pendant 10 mois… ces 8 semaines (ce qui, en fait ne représente que quelques semaines de plus de plusieurs autres travailleurs) sont bénéfiques et permettent aux enseignants de recommencer l’année scolaire avec énergie, entrain et bonne humeur.

Ah oui… nos étés sont payés, dites-vous. Eh bien non. On n’a pas de bonus financier en juillet et aôut. Sachez que notre salaire est annuel et réparti sur 12 mois. Nous gagnons donc moins pendant 10 mois afin d’avoir un salaire potable pendant les 8 semaines d’été. Ainsi, on ne touche pas au chômage ni n’avons recours à quelconque aide financière gouvernementale supplémentaire.

 

Les années d’hier et celles d’aujourd’hui

Beaucoup a changé. Cette caricature est peu exagérée… mais tout de même. Le principe de l’autorité a été changé avec les années. Les enseignant(e)s doivent plus que jamais justifier toute intervention, aussi minime qu’elle soit. L’enseignant n’est plus aussi facilement maître de sa classe. Certes, ce maître est, et doit être, dirigé par un programme ministériel (qui, dans le monde idéal, serait développé par OU DU MOINS avec les enseignants…) mais qu’en est-il du reste? Si un enseignant veut mettre un élève hors de la classe pour, par exemple, un comportement fortement inadéquat nuisant au bon déroulement du cours, il doit s’attendre à rédiger un rapport, contacter la direction, contacter les parents, expliquer la situation et faire un suivi. Alors que font la majorité des enseignants? Ils gardent les élèves en classe. Quitte à passer la journée à faire de la discipline au détriment de l’enseignement, un peu comme le constatait la Marie-Christine Noël.

À défaut d’être maître de ma classe, je suis maître de ma matière… non?

Mais pourtant, on me questionnera sans fin. Attention, je ne parle pas des questions pertinentes reliées à la matière enseignée en tant que telle. Mais les questions du genre:

  • Pourquoi faut j’fasse ce travail-là?
  • Pourquoi on peut pas le faire en équipe?
  • Pourquoi faut j’écrive mes sources?

Ou encore:

  • Ça compte-tu?
  • J’tu obligé de l’faire?
  • Ouin, mais madame…

 

 

Un lien de confiance à maintenir

L’enseignant d’aujourd’hui se doit d’être un pédagogue. Peu nombreux sont les enseignants qui font quelque chose sans but. Donnons-leur donc notre confiance. En tant que parents, montrons l’exemple. Si je fais confiance à l’enseignant(e) de mon enfant, si je ne mets pas constamment en doute ses décisions… mon enfant aura probablement les mêmes comportements. Se justifier devant un parent, même via un coup de fil un mardi après-midi, ça se fait bien. Devoir le faire devant 34 ados-full-hormones, c’est moins agréable, disons-le ainsi. Certes, nous ne serons pas toujours en accord avec ce que nous rapporte notre enfant. Nous considérerons peut-être une conséquence trop rapidement imposée, ou une évaluation trop sévère. Parlons-en avec l’enseignant(e) d’abord, avant toute chose. Vous ne rendrez pas uniquement service à un seul enseignant, mais à tous ceux qui croiseront la voie de votre enfant, que ce soit de façon plus permanente, ou lors d’une période de suppléance, un vendredi dernière période.

 

Ben oui, moi j’aime ma job

Malgré toutes les embûches et difficultés que peuvent rencontrer les enseignant(e)s sur une base hebdomadaire, je peux proclamer haut et fort aimer ma job. Même après 10 ans d’enseignement. Même si j’enseigne plusieurs matières différentes dont certaines pour la première fois cette année. Je crois que l’école à laquelle je travaille y est pour beaucoup, bien entendu. Sans vouloir lancer un débat public VS privé, pour avoir fait les 2 types d’établissements, des différences notables ont fait en sorte que j’enseigne encore aujourd’hui. Même si, comme le dirait Sartre, on ne devrait tenir responsable quiconque que soi-même pour la personne que nous décidons de devenir, je sais que parfois, le milieu influence l’expérience d’enseignement… Même de mon côté, nos élèves ne sont pas parfaits; ils doivent bien rire de nous parfois derrière notre dos. Mais en classe, je me sens respectée. Et si, pour quelque raison que ce soit, ce n’est pas le cas, nous savons que la direction est derrière nous et sera prête à faire le coup de fil aux parents à nos côtés. Nos élèves nous vouvoient, nous appellent Monsieur et Madame, remettent leurs travaux, parfois en retard et s’en excusent… ou acceptent la conséquence sans (trop) chialer.  Il y a certains parents plus demandants, plus exigeants… qui doutent davantage. Peut-être liront-ils ce billet. Si oui, merci de relire le paragraphe précédent… #confiance 

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2 thoughts on “Pourquoi, madame?

  1. Même au primaire, nous nous butons à ce genre de comportement… pourquoi subitement il y a un nouveau stade de développement ? La préadolescence arrive vers la 2e année et dure tout le primaire ?

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