20 mai 2018

À toi, la maman qui m’a jugée aujourd’hui

Ce message s’adresse à toi. Et il vient du coeur. Car je l’ai vu dans tes yeux. Ce regard de “kossé ça“. Pas un regard d’empathie comme j’ai des fois, provenant d’une autre mère au centre d’achat alors que mon dernier pleure parce que j’ai refusé d’acheter un jouet, ou que je n’avais pas le dollar nécessaire pour lui offrir un p’tit tour de manège. Ce regard se veut plutôt rassurant, habituellement. Du genre “I know what you’re going through“, ou même “hang in there” Non, le regard que j’ai reçu aujourd’hui, au parc à 15h30, était plus un “wtf” ou encore “mais quel genre de famille c’est, ça?“.

Faut je remette le tout en contexte. Dimanche matin. Levée beaucoup trop hâtive pour mes chérubins. Humeur de marde. J’ai vraiment essayé, tsé. Je les ai amenés magasiner rapidement et leur ai pogné quelques morceaux en liquidation à l’Aubainerie. Payer 2$ pour un morceau neuf mais avec une petite tâche, ça ne m’énerve pas tellement; eux étaient bien heureux. Mais ce n’était pas de tout repos. Le plus jeune écoeurait le plus vieux, qui lui rentrait dans les pattes du plus jeune avec le panier. Un 15 minutes de “Touche pas au mannequin” suivi d’un mannequin qui tombe à terre, d’une employée qui avertit mon plus jeune qui, gêné, veut se cacher sous ma jupe. Un 15 minutes de “lâchez-vous”, de “sacres-y patience” pis de “ah come on, là!”

Le pique-nique est tombé à l’eau. Pas question que j’aille au parc; no way. On a donc mangé nos p’tites sandwiches à la maison, dans la cuisine. 12h00. J’étais déjà tannée de ma journée. Mais je suis une optimiste. “Ça va mieux aller en pm!” Yeah, right…

Je décide d’aller au parc. À un nouveau parc, en plus. Ça cherche le trouble, mais je tiens le tout sous contrôle. D’autres enfants arrivent. J’avertis donc les miens, “Il faut faire attention, les amis sont plus petits que vous”. Mais ça continue de chercher le trouble. #2 et #3 veulent la même glissade, en même temps. Ça veut le même module en même temps. Pis ça se fâche, ça se pogne.

#3 lance la casquette de #2. #2 pète une coche. “Va chier!”. L’alarme sonne dans ma tête, malgré mon air insipide. Je regarde dans le vide, je suis déconnectée ben raide. Je me demande comment le tout a escaladé si rapidement. Si tu lances ma casquette, je vais surement te dire “hey!”, mais pas “va chier”. Non. Mais là… Je fais quoi? Toi, tu es là avec tes deux enfants parfaits. Tu me regardes directement dans les yeux; tu te poses la même question: “Tu vas faire quoi, la mère??”

#3 réagit. “Maudite conne”. #2 réplique “esti de niaiseux”. Suivi d’un “esti de grosse niaiseuse”. Merci à la cours d’école d’enseigner à mes chers amours un si beau vocabulaire. Certes, je ne suis pas parfaite, mais jamais je n’oserais sacrer envers quelqu’un d’autre. Je ne traiterai jamais mes enfants de con, de niaiseux ni d’innocent.

Et toi, tu étais là. Tu me regardais. Non, tu me fixais. Et tu as hoché de la tête horizontalement. Un beau  “oh non, mes enfants ne seront jamais comme ça”… Sache que je me suis déjà dit ça, moi aussi. Que mes enfants ne seraient jamais violents, qu’ils ne se diraient jamais d’injures. Qu’ils ne sacreraient pas. Qu’ils seraient de meilleurs amis, tra-la-la.

Mais tu m’as regardée ainsi, attendant de voir ma réaction. Je me suis tout simplement dirigée vers mon camion, j’ai démarré le moteur et j’ai compté à 10. Pas que j’allais quitter sans mes enfants, mais je devais me calmer les esprits avant de prendre le peu de route qui me séparait de ma demeure. Les insultes se sont intensifiés alors que les portes du camion claquaient. Tu m’as regardé quitter, probablement soulagée de ne pas avoir à côtoyer ma famille de fou.

Alors que je retournais à la maison en pleurant, et juste avant mon melt-down à la table de cuisine (la dernière fois j’ai pleuré autant, Léonardo callait au fond de l’océan), je me suis demandée ce que j’avais fait de pas correct. Je me demandais où j’avais échoué. Car à voir ton regard méprisant, j’étais une mauvaise mère. Tu devais sans doute te dire que je parlais ainsi moi-même. Les enfants apprennent par l’exemple, après tout.

Sache que si je pouvais enrayer des mots de leur vocabulaire, je le ferais. Que si je pouvais leur enseigner à mieux gérer leur colère plus rapidement, je le ferai. Ainsi, je n’aurais peut-être pas un trou dans la porte de la chambre, gracieuseté récente de #3. Mais je fais de mon mieux. Avec l’expérience que j’ai, les ressources que je possède, la patience qui me reste.

Sache que ton regard, bien que tu sois une pure inconnue, m’a blessé.

 

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