14 février 2019

Au temps de l’amour bio

J’étais dans la fin vingtaine quand j’ai rencontré mon homme. Un coup de foudre, simple, beau comme dans les livres. C’était l’homme parfait pour me redonner foi en l’amour.  On s’est rapidement mis à cultiver ce sentiment unique ensemble. Au début, on a eu le plus beau des champs d’amour de la province, il produisait de la tendresse à la pelletée et on passait des heures à le fertiliser (moi en petit déshabillé, et lui en boxers sexy). On faisait clairement l’envie du voisinage (la voisine du dessous nous avait même parlé à mots couvert de notre labourage nocturne qui semblait passablement l’empêcher de dormir) On cherchait les meilleures façons de rendre notre champ encore plus vert, plus beau et on voulait surtout qu’il produise de l’amour pour longtemps. On y a mis du temps, tout notre temps en fait. ​

On avait une petite souris de 3 ans, issue d’une autre culture parentale qui avait mal finie. Elle parcourait notre champ le sourire aux lèvres, notre amour l’a rendait encore plus belle, plus coquine.  Elle, tout comme moi, n’avions jamais connu une vie aussi paisible et sereine. ​

Avec le temps la monoculture a lassé ma douce moitié, et il s’est mis à avoir des envies de multiplications des semences. Jamais j’aurais cru qu’il réussirait à me donner le goût de partir une nouvelle lignée. C’est avec de la patience et quelques embûches qu’est né notre premier petit fleuron hybride. L’âme paisible de son père, la réplique cinglante comme sa mère. ​

On a tellement aimé ça être parent d’un nouveau petit descendant qu’on a décidé d’en avoir un autre.  La vie a rapidement déposé une poussière d’ange dans mon bedon. Notre petite fleur est arrivée un matin d’été. Elle a amené avec elle un défi de taille, prendre soin d’une fleur différente, unique, qui a des pétales bien à elle, des pétales que nous avions jamais vues avant. ​

Puis sans trop s’en rendre compte, les récoltes d’amour se sont faites plus rares. Les champs ont été ravagés par des tempêtes de peine et de colère,  les semences ont aussi manqué d’eau pendant un bout. J’ai abandonnée, sous le poids des tâches et de la rancœur, toutes les petites attentions, les compliments, la gratitude qui rendait notre champ si fleuri. N’ayant pas été élevée dans une famille ou la communication était valorisée, je retenais en dedans mes émotions et mes besoins.  Ca faillit être la fin de notre histoire de cultivateurs d’amour.​

On s’est retroussé les manches, on a été chercher de l’aide pour apprendre de meilleures techniques  pour s’aimer . On a appris à écouter, à s’exprimer et à se conserver des petits moments juste à nous pour que notre champ fleurisse encore pour longtemps. ​

Ça fait 10 ans cette année qu’on est devenu partenaires dans la plus belle aventure qu’est la vie. Partenaires de vie, partenaires d’amour, partenaires de rire mais aussi partenaires de pleurs, de déceptions et de résilience. Notre champ n’est plus aussi vert et bien entretenu. Il comporte son lot de rocailles, de mauvaises herbes,  de petits trous d’eau. Dans notre champ pousse maintenant de l’amour bio. De l’amour qui goutte le vrai, un peu imparfait, pas aussi hot que notre amour transgénique des premiers jours, mais tellement meilleur au final.​

 

 

 

Un peu plus sur l’auteure

Marylène Langdeau

Chef de tribu de 3 enfants entre 5 et 14 ans et grande angoissée devant l’éternel, j’écris car je n’ai pas le temps de rajouter une heure de psychothérapie dans mon quotidien déjà bien rempli. Amoureuse d’un homme zen et résiliant depuis 10 ans , notre duo d’enfer même de front carrière et suivi au centre de réadaptation pour notre petite dernière. Passionnée de tout et de rien et en constante recherche d’équilibre j’essaie de voir la vie d’un œil positif.

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