22 mars 2019

Les p’tits criss

Dernièrement,  les médias se gâtent en masse pour blaster les pauvres enfants sous ritalin et du même souffle, les p’tit criss qui sont violent à l’école. Ben,  j’vais vous dire un secret… je suis la maman du p’tit criss qui a peut-être essayé d’étrangler ton fiston y’a pas longtemps.

Quand on entend parler d’un enfant qui attaque et blesse les autres à la garderie ou bien à l’école, on se dit tout de suite qu’il a des parents de marde, maudite génération d’enfants… mais surtout de parents rois qui ne savent pas élever leur semence. Ben, la veux-tu, la réalité? C’est pas toujours la faute des parents et encore moins la faute de l’enfant.

Lorsqu’il était âgé d’environ 2½ ans, je payais une orthophoniste au privé parce que je voyais bien que quelque chose clochait chez lui. Quand il a eu 4 ans, on a enfin eu une évaluation multidisciplinaire qui a révélé un méchant paquet de problèmes:

  • Troubles de langage mixte (tsé quelqu’un qui vient de faire un AVC et qui comprend pas quand on lui parle ou qui n’arrive plus à parler?  Ben c’est très très similaire). Mon fils arrive à parler très bien, mais si on prend la peine de l’écouter, les phrases sont courtes, peu détaillées (pas d’adjectifs), peu variées (toujours les mêmes verbes), le plus possible de réponses fermées. Quand on lui parle, il comprend juste ce qui est familier pour lui. Si tu lui demandes d’aller prendre son bain, ça va. Mais si tu lui demandes d’aller chercher un chandail pour sa soeur et le mettre dans un sac (plusieurs étapes), il va te regarder comme un poisson mort avec la tite coulisse de bave sur le bord de la bouche. C’est too much, son cerveau ne veut pas l’assimiler (bon j’exagère un peu, il n’a pas l’air complètement déficient non plus, juste qu’on voit très bien, dès qu’on le connait un peu, qu’il n’a rien compris de ce qu’on vient de lui demander).
  • Troubles de modulation sensorielle. Ça, c’est qu’il ne perçoit pas l’espace autour de lui comme vous et moi. Une couverte avec du poil, c’est le summum de la stimulation. Un tapis de faux gazon peut lui faire mal, un mur sert à se frotter dessus, un divan, c’est fait pour être à l’envers dessus. Il RESSENT son environnement au lieu de le percevoir.
  • Trouble dyspraxiques. Ça, c’est un problème de coordination. Son cerveau envoie un message que son corps ne décode pas. En gros, s’il veut donner un bisou, il doit penser à comment placer ses lèvres, ensuite penser à s’avancer vers la personne, ensuite penser à mettre ses bras autour du cou, etc… Quand il parle, il doit penser comment mettre sa langue, ses lèvres, ses joues, etc… Et ce, à chaque moment de chaque action. Intense non?
  • Hypo et Hyper sensibilité. L’accrocher avec un fil peut le faire hurler de douleur mais se planter dans la garnotte et pisser le sang, c’est pas si grave. Pourquoi? Ce ne sont pas des caprices… Son cerveau ne décode tout simplement pas les signaux de douleurs normalement.

Bon déjà ça, c’est un beau package. Vous comprendrez que je fais de l’orthophonie avec lui, 1h de route aller-retour, 1x semaine. Il est évalué en ergothérapie parce qu’il en a besoin. Il fait des ateliers de motricité fine pour que les gestes deviennent instinctifs plutôt que d’avoir à penser à chaque moment de sa vie. On doit lui apprendre les réactions normales du style de “quand tu saigne, ça fait mal”.

Ensuite, il y a le milieu scolaire. Quand mon fils était en maternelle, ça allait vraiment, mais vraiment mal. J’ai demandé à le faire doubler. L’école ma dit ben non madame, voyons, l’an prochain il va avoir une orthopédagogue! J’ai demandé de l’envoyer dans une école spécialisée en troubles de langage, on m’a répondu “pas besoin, on verra s’il se plante en première année.” Finalement, la première année a bien été. Pas parce qu’il a eu des services, loin de là… on n’a jamais vu l’ombre d’un orthopédagogue… les plans d’intervention se faisaient sans même que je sois présente. Par contre, on a eu THE prof super hot qui prenait la peine à TOUS les jours de s’asseoir à côté de lui pour être certaine qu’il avait comprit ce qu’il avait à faire. J’ai aussi mon médecin qui a décidé qu’il était temps d’essayer la médication. Ben oui, le fameux ritalin. Sauf que lui prend une autre marque. Ça beaucoup aidé; il a eu une moyenne de 85%!

L’été passé,  je me suis fâchée et il a été évalué par un neuropsychologue. Ce sont les spécialistes du TDA/H et de plein d’autres particularités cognitives. Le neuropsy… à peine 1h après le début de l’évaluation… est sorti du bureau, est venu me voir pour me dire “Hey, tu le savais qu’il a un syndrome de Gilles de la Tourette hein?” Ben sais-tu quoi… non je le savais pas! En gros l’évaluation a permis de voir que finalement, il y a effectivement un gros TDA/H, beaucoup d’impulsivité, et un gros Tourette. Ça explique bien des affaires.

Mon fils, quand on le couche, il ne dort pas. Quand il finit par s’endormir, il se réveille. Il pleure, il crie. Pourquoi? Aucune idée. Quand il est fâché, il frappe, lance des choses, crie. Quand il essaie de travailler, il bouge, se lève, fait des niaiseries en allant trop vite. Quand on le chicane, il claque des portes, tape du pied, crie. Pis sais tu quoi? Ben on le laisse pas faire! Il se fait punir, il se fait mettre en retrait, il va se calmer dans sa chambre, il se couche plus tôt, il perd les jeux vidéos, etc… Non, on est pas des parents-mous-pas-de-colonne. On est des parents qui vivent avec un enfant avec de gros troubles neurologiques et qui font de leur mieux pour lui et pour les autres autour.

Mon fils est suivi par une équipe multidisciplinaire, une TES, un neurologue, un neuropsychologue, une orthophoniste, un médecin de famille. Je cours les rendez-vous pour l’aider. Quand l’école m’appelle pour me dire que ça va pas, j’interviens au mieux de mes connaissance. Mais sais-tu quoi? Ça ne l’a pas empêché de lancer des ciseaux, d’étrangler un petit gars dans sa classe et de fendre la face de son prof d’un coup de tête. Je ne suis pas fière… Mais tu voudrais que je fasse quoi de plus? On lui parle, on le punit, on va à ses 8 millions de rendez-vous, on l’accompagne comme on peut, on lui enseigne les bons comportements à avoir. Mais des fois ben… il l’échappe. Pis des fois, nous aussi en tant que parents, on l’échappe.

Donc la prochaine fois que ta voisine va te dire qu’un petit criss de mal élevé à frappé sa fille, prends 2 secondes pour te dire que ce petit criss-là a peut-être juste ben des problèmes et ses parents font leur gros gros max pour que leur enfant soit pas le p’tit criss de service.

P.S. Malgré tous ses problèmes, mon fils est le plus attachant au monde. Il fait les plus beaux sourires, vient se coller et se faire minoucher, adore rire aux éclats et surtout, il est super serviable… quand les petits fils dans son cerveau ne se touchent pas!

P.P.S. Mon fils, légalement selon le gouvernement, est handicapé. Ça donne quelques $ de plus par mois mais ça amène pas grand chose de plus. Si nos écoles avaient les intervenants nécessaires, peut-être, je dis bien peut-être, que des p’tit criss violents, y’en auraient moins…

Un peu plus sur l’auteure

Sophie Lahaie

Maman à la maison de 7 enfants (j’ai jamais dit que j’étais saine d’esprit!) et je suis aussi la propriétaire de Secallergies. Certains de mes enfants ont de graves problèmes de santé donc ma vie se résume entre l’hôpital, la maison, mes bracelets et mes enfants (j’ai un chum mais y s’occupe tout seul de lui même y’est fin hein?). Je passe beaucoup (trop?) de temps sur les zinternets et j’ai souvent un humour et des goûts douteux. J’ai bien averti les filles que mes textes ici allaient probablement détonner des autres mais ça ben l’air que ça prend du changement des fois! Dans la vraie vie j’ai l’air d’une fille, dans mon coeur je suis mordue d’adrénaline et de tout ce qui est non conventionnel. Donc au plaisir de déranger votre routine avec mes histoires qui sortent parfois de l’ordinaire!

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