4 mai 2020

Jamais je n’aurais cru que…

Jamais je n’aurais cru que…

1248…

Voilà approximativement le nombre d’heures qui se sont écoulées depuis le début du confinement. Cela représente 52 jours. Environ 1/7 d’une année complète. Dans la vie d’un adulte, 52 jours, c’est rien. Ça passe souvent comme dans du beurre. Métro-boulot-vino-dodo. 

Mais les derniers 52 jours sont différents. Le 1/7 d’une année aura bouleversé l’humanité. Les dernières 1248 heures démontrent que plus rien ne sera jamais pareil… du moins, avant pas mal plus qu’un autre 52 jours.

J’ai fait rapidement, dans ma tête, un genre de top 10. Pas mes meilleures chansons ni les meilleurs jeux vidéos. Un top 10 des trucs que je n’aurais jamais cru voir ou vivre… Ils ne sont pas nécessairement en ordre de gravité; chacune des idées me bouleverse à un certain niveau sans pouvoir vraiment indiquer toujours ce qui me bouleverse le plus… Mais chose certaine, le #1 de ce top… que vous découvrirez à la fin du décompte… mérite d’être reconnue comme la chose qui me bouleverse le plus.

 

  1. Jamais je n’aurai cru qu’en allant magasiner avec un masque recouvrant mon visage, j’allais attirer moins de regards et d’attention que les (très rares)  fois où je n’en porte pas. Je me sentais ridicule au début, je dois être honnête. J’ai l’air fou est ce que je me disais avant d’entrer au magasin, mon masque ou foulard dans le visage.  Maintenant, le masque devient un standard. Jamais je n’aurais cru cela. 

  1. Jamais je n’aurais cru enseigner à partir de ma table de cuisine, avec ma collection de jeux de société en décor. Bon, certains élèves m’ont dit: Wow Madame! Vous ne mentiez pas que vous parliez de votre passion pour les jeux de société! On pensait que vous exagériez. Ben non. Plusieurs heures par semaine, je m’adresse à mes ti-pits du secondaire sans les voir. Parfois, je les entends. Le plus souvent, je lis leurs commentaires et réactions dans le chat. Voilà comment je réussis à rendre un peu plus interactive la job que je fais principalement pour le côté interactif. Est-ce que j’avais hâte à la semaine de relâche? Oui. Au congé de Noël aussi. Pour me reposer. Pas pour fuir ma job. Et après 52 jours sans mettre les pieds dans ma classe, ça me manque. Parce que malgré les commentaires entendus ou lu, non, on n’est pas tous contents d’être à la maison, payés. On le dit qu’on ne fait (vraiment pas) la job de prof pour le salaire ou pour l’été off… Enseigner, c’est une vocation. On aime être dans une classe et on aime être avec nos élèves. Ben ça, ça s’applique aussi en temps de confinement. 

 

  1. Jamais je n’aurais cru que de faire l’épicerie mettrait des vies en danger. Bon, j’en mets un peu, mais ça reste que c’est le cas pour plusieurs. Les commandes en ligne explosent; les gens n’ont pas accès à la nourriture aussi facilement ni rapidement. Je fais rarement l’épicerie car je suis très spontanée dans mes choix de repas. Je ne mange pas que par nécessité; je mange par plaisir. Je ne sais pas ce qui me fera plaisir dans 5 jours alors je le déciderai alors. Voilà comment je fonctionnais jusqu’au 13 mars. Maintenant, je fais une épicerie de 300$ et j’ai peur d’oublier des trucs. J’achète en plus grande quantité, selon les spéciaux, et j’espère que mes enfants ne se tannent pas de manger du brocoli cette semaine puisque j’ai profité du rabais à la ferme. Car oui, j’achète plus, mais je ne gaspille certainement pas plus. 

 

  1. Jamais je n’aurais pensé voir du gros tape de police autour de tous les modules de jeux dans les parcs. Je ne crois pas que ceci se doit d’être expliqué davantage. Tous les parcs ressemblent à des scènes de crime, impliquant fort probablement des enfants. Je passe devant un parc et j’ai des frissons. 

  1. Jamais je n’aurai cru devenir plus mère poule qu’avant. Jeune, j’étais un peu casse-cou (désolée, maman et papa… asteur je comprends pourquoi vous ne vouliez pas que je grimpe sur les roches jusqu’au toit de la maison canadienne à St-Sulpice). Mes enfants ont hérité un peu de mes gênes de cascadeur faut croire. Mais maintenant, je me vois répéter très souvent “descends de l’arbre Félix. Si tu tombes, il faut aller à l’hôpital pis c’est pas l’temps d’y aller”. Je ne dis même plus “tu pourrais te blesser”. Les deux mains sur ton guidon de vélo, Léo. Zoë, ne marche pas nu-pied dans le gazon au cas où il y aurait des petits clous. 

 

  1. Jamais je n’aurais cru ressentir un peu d’angoisse à la vue d’un contenant de lingettes lysol un peu vide. Jamais. Je n’utilise pas ce genre de produits sur une base régulière. Je préfère le naturel (et c’est d’ailleurs pourquoi je suis Mère Nature pour Planette produits écologiques!). Alors que de recourir à des produits désinfectant ne se voyait qu’en temps de gastro, voilà que ces produits se retrouvent sur mes poignées de porte presque de façon quotidienne. 

 

  1. Jamais je n’aurai cru devoir surveiller mes enfants qui jouent avec leurs amis, afin qu’ils respectent la distance recommandée de 2 mètres. Je dis jouer, mais ce n’est même pas cela. Jouer nécessite des interactions, des contacts. Je ne pense pas que de lancer des roches dans un petit ravin à 2 mètres de distance soit la définition de jouer. Mais c’est la seule façon qu’ils puissent garder un certain contact humain sans avoir recours à la technologie. 

 

  1. Jamais je n’aurai cru instaurer un horaire assez rigide à la maison. Une routine, quoi. Il est 9h00, voici ce que tu peux faire. Non, pas de collation: regarde sur l’horaire; c’est dans 20 minutes. Non, tu ne peux aller jouer avec la Switch car selon l’horaire, c’est le tour de ta soeur. J’ai toujours gardé la routine pour l’école. Mais sinon, à la maison, on est spontané. On relaxe. On sort de l’horaire. On débarque de la routine et des horaires contraignants. Pu asteur.

 

  1. Jamais je n’aurai cru me demander quand est la prochaine fois que je pourrai sortir de Joliette. Genre aller à Pincourt m’asseoir dehors et jaser avec ma grand-mère et ma tante. En personne. Pas au téléphone. Jamais je n’aurais cru que le dernier bisou que je leur ai donné en mars allait peut-être ne pas se reproduire avant 2 ans. Que pendant la semaine de relâche, il s’agirait de la dernière fois que j’allais voir ma belle-mère et mon beau-père avant un bon bout, eux qui habitent à 2h30 de chez moi. Avant le confinement, j’avoue que je n’étais pas une grosse sorteuse. Mon plus vieux est encore malade en auto, alors tout trajet de plus de 30 minutes me rend anxieuse. Est compliqué. Doit être planifié. Et encore là, j’ai des -mauvaises- surprises parfois. Donc je minimisais mes sorties, mais ma porte était toujours ouverte. Là, je te jure que je lui donnerai un gravol pis je le ferais, le voyage.

 

  1. Jamais je n’aurais cru que je devrais restreindre mes visites avec mes propres parents et mon frère. Mes parents sont mes voisins, donc ce n’est même pas une question de distance comme pour mon 2e point. D’avoir une relation purement technologique avec mon frère est bizarre; j’ai toujours dit que notre proximité était une de nos forces. D’expliquer à mes enfants pourquoi il est plus judicieux et sécuritaire pour tout le monde de saluer Oma et Pépé de loin. Que les câlins doivent être faits de loin ou via l’envoie d’un GIF sur Messenger Kids. Que non, Oma ne peut pas venir faire le bricolage avec nous même si elle aimerait ben ben ça. Que non tu ne peux pas aller aider Pépé dans son garage, même si tu aimes ça le regarder faire. Jamais je n’aurais cru cela. Jamais. Pis j’ai hâte en maudit que ce soit derrière nous.

 

Un peu plus sur l’auteure

Marie Quirion

Bonjour! Alors…Marie Quirion, c’est qui? Eh bien voilà: je suis une enseignante d’anglais depuis 2008, mais qui enseigne également en entrepreneuriat, en citoyenneté numérique et média, et en ECR. À temps partiel, je peux également me qualifier d’infirmière, de psychologue, de cuisinière, de ménagère, de traductrice, de clown, de coiffeuse, de maquilleuse, de taxi driver, de coach… Je suis une femme occupée, ma foi! Mais le rôle qui me définit le plus, celui que je comble depuis début 2010, ne fait pas partie de la liste ci-dessus. Effectivement, j’ai “oublié” de mentionner que j’étais également la mère de trois bundles of joy: Félix (10 ans, 2010), Zoë (8 ans, 2011) et le p’tit dernier, mais non le moindre, Léo (7 ans, 2012), aussi appelé Nidas. Comme dans Léonidas, le roi Sparte. Vous savez, celui qui aimait se battre? Bien c’est lui. Mais on y reviendra, si vous le voulez bien! Heureusement, mon mari et moi formons une bonne équipe qui ne peut être abattue aussi facilement que les personnages dans 300… ! Alors voilà, je vous parlerai de sujets qui me tiennent à cœur, qui me passionnent, qui me choquent ou tout simplement qui me passent par la tête au moment où je suis assise pour écrire! Au plaisir de discuter avec vous!

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